Vernissage le jeudi 10 septembre, de 18h à 20h30, en présence de l’artiste
Le jury de la deuxième édition du Prix International la Cense de la Photographie de Cheval, présidé par Viggo Mortensen et parrainé par Yann Arthus-Bertrand, distingue cette année Irina Werning pour une série consacrée aux foires animales de Buenos Aires. Avec un regard à la fois tendre, ironique et politique, l’argentine compose un récit visuel où le cheval devient le reflet silencieux de l’humaine. Un double inattendu au moment même où le monde rural qui les reliait semble s’effacer.
« J’ai commencé à visiter des foires animales pour comprendre ma propre déconnexion avec les animaux ». Enfant, la photographe argentine passait ses étés dans une ferme, montant à cheval et vivant au plus près du monde rural. Mais ces espaces familiers ont changé. En effet, depuis les années 1990, plus de 20 millions d’hectares ont été alloués à la culture intensive, dominée notamment par le soja, destiné à l’exportation réduisant les pâturages et la présence des animaux dans les espaces ouverts.
Alors, pendant près de trois ans, Irina Werning fréquente les grandes foires aux bestiaux de Buenos Aires. Dès le premier jour, elle remarque une étrange ressemblance entre une jeune fille et son cheval. Une idée s’impose alors:traquer les signes d’une parenté secrète entre humains et animaux. Dès lors, la photographe entreprend ce qu’elle appelle une chasse aux «twinning moments», des instants de gémellité involontaire, son instant décisif:une femme tresse les crins de son cheval à l’image de ses propres cheveux;une frange humaine répond à une crinière désordonnée;un homme atteint de vitiligo pose à côté d’un Appaloosa dont la robe fait écho aux motifs de dépigmentation…
Dans cette série, le cheval n’est jamais réduit à un motif romantique ou héroïque. Il n’est ni un emblème folklorique ni une pure figure de puissance. Il devient un partenaire silencieux, un miroir involontaire de nos gestes, de nos obsessions esthétiques, parfois même de nos fragilités physiques. Sous des dehors légers, les images sont traversées d’une mélancolie diffuse:celle d’un monde rural qui se transforme, d’une proximité ancestrale avec les animaux qui s’amenuise, mais ne saurait tout à fait disparaître.
Le jury a également attribué deux coups de cœur : The Bond de Bob Miller et Murmures indociles de Flore Prébay qui seront également exposés à la galerie Polka.