Vernissage le 10 septembre 2026, de 18h à 20h30, en présence de l’artiste.
Au croisement de l’art, du documentaire et du photojournalisme, Philippe Chancel poursuit depuis trente ans un travail protéiforme sur le statut des images. Après « Welcome to Paradise » en 2023, la galerie Polka est heureuse de présenter sa nouvelle exposition « Cactusmania ». Un travail imaginé en marge d’une réflexion collective autour du cactus, initiée par le musée Yves Saint Laurent de Marrakech en 2024 et présentée l’année suivante au Nouveau Musée National de Monaco sous le double angle botanique et artistique.
Les cactus, ces plantes du bout du monde qui figurent parmi les trophées rapportés par Christophe Colomb — ont très tôt fasciné les collectionneurs et autres esthètes « cactomanes ». Car ces végétaux extravagants dont on dénombre, sous l’appellation Cactaceae, plus de 1700 espèces, sont peut être les plus intrigants et souvent les plus redoutés des jardins remarquables : parce qu’on ne peut que rarement y toucher, il devient tentant de les observer, de les étudier et de les accumuler… quitte à en dresser une sorte d’inventaire, de catalogue plus ou moins raisonné.
L’exposition mêle des prises de vues réalisées de jour, in situ sur fond neutre. Ainsi que des images saisies à l’heure bleue, avec une technique de prise de vue inspirée de l’imagerie multispectrale proche des couleurs infrarouges et des ultraviolets. Dans le jardin exotique de Monaco, le verger mexicain du jardin botanique Hanbury et le jardin de la villa Bocanégra sur la commune de Vintimille, non loin de Menton, la technique permet à Chancel, au-delà de la simple capture du spectre visible, d’initier un étonnant voyage à travers les variétés de cactus en jouant sur les couleurs et les longueurs d’onde.
Au croisement des tableaux surréalistes d’agaves exotiques et autres plantes succulentes signés Man Ray et Brassaï dans l’entre-deux- guerre, et des études du pape de la nouvelle objectivité allemande Karl Blossfeldt qui voulait dresser l’inventaire complet des structures végétales, ces formes « originelles de l’art », Chancel s’est intéressé à la diversité inouïe et passionnante des cactus, d’un point de vue formel. Mais aussi, en filigrane, à leur trajectoire historique, iconographique et ethnologique autant qu’à leur puissance évocatrice, qui inspira nombre d’architectes, créateurs et d’artistes visuels. Une dynamique nourrie par les propriétés psychotropes et psychédéliques de certaines de ces plantes — la mescaline, est la substance active de la cactée mexicaine, le Peyotl — omniprésentes dans les cultures pré-colombiennes et catalyseurs d’imagination créative, entre les portes de la perception d’Aldous Huxley (1945) et le voyage mexicain de Bernard Plossu (1975). « Comme si les cactus jouaient à devenir autre chose, note Philippe Chancel. J’ai cherché ce point de bascule — là où le réel cède, où l’image dérive, où la forme devient captivante. Le reste appartient au regard. »
Derrière leur grande diversité morphologique, leur apparence étrange, à mi-chemin entre des pierres et des dinosaures, ces plantes nous parlent aussi, dans la diversité inouïe qui les caractérise — de notre futur. Ils sont les témoins et l’incarnation du climat. De notre capacité à nous y adapter, à l’heure où plus que jamais, le monde, comme dans la chanson de Dutronc, ressemble à un désert sec et urticant. Les humains, tels des plantes xerophytes capables de s’adapter à la sécheresse grâce à des stratégies de stockage de l’eau, seront-ils les prochains cactus ?