Du 09/10 au 07/11/2026 – Vernissage le 09/10: 18h-21h
En composant ses peintures avec des représentations animales archaïques, des paysages pastoraux et des fragments de la culture humaine – ornements et objets -, Audrey Bialke donne vie dans ses oeuvres à un dialogue réparateur, une réconciliation symbolique et utopique entre l’homme et ce que ce dernier a dénommé « la nature » pour mieux s’en déraciner et s’absoudre de l’asservir. Selon l’anthropologue Philippe Descola, dans son ouvrage Par-delà nature et culture (2005), la nature en tant qu’entité distincte des humains n’existe pas : « La nature est un dispositif métaphysique, que l’Occident et les Européens ont inventé pour mettre en avant la distanciation des humains vis-à-vis du monde, un monde qui devenait alors un système de ressources ».
Bialke convoque un imaginaire médiéval européen pour précisément nous rappeler l’origine de ce divorce factice entre nature et culture. L’animal est vu à travers le prisme de cette volonté humaine de rupture, soit déformé vers la fantasmagorie, expédié vers un monde surnaturel qui le distancie encore davantage du monde réel – chimères ailées, griffes acérées, muscles hypertrophiés -, soit relégué à sa dimension utilitaire et servile – bovin aux formes généreuses, cheval racé, mouton aux pattes liées -, ou encore dompté pour la pure démonstration d’une supériorité, comme cet ours enchaîné et encadré par des bandes ornementales inspirées des enluminures médiévales.
Les motifs grillagés qui enserrent ces animaux se confondent avec les frises feuillées et florales, et interpellent sur la dualité paradoxale de la culture humaine, capable d’encager le monde et en même temps d’en libérer la beauté. Il en va ainsi des objets contenants en verre ou en métal – coupe, vase, bonbonnière, jatte – eux aussi porteurs de beauté ornementale, et capables de retenir la matière autant que de dispenser la lumière.
Le feu, symbole absolu de la domination de l’homme sur le monde, brûle dans l’âtre, lieu de son confinement domestique, ou est encerclé de bois pour, lui aussi, être dompté, à l’image du cheval qui le surplombe, rougeoyant comme les flammes.
Bialke peint ces récits visuels en associant des vestiges symboliques de la culture humaine et de la nature animale – autrefois objets, redevenus sujets dans ce nouvel espace esthétique -, pour leur conférer une nouvelle existence, un nouveau sens, au regard du monde dans lequel ils sont ramenés, le nôtre, et de son besoin urgent de réparer les liens entre nous-mêmes, et avec le reste du vivant.
Aurélien Simon