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Exposition: L’innocence des mondes : dialogue silencieux entre Guo Chunyao et Zhu Qingwei »

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by Thierry Tessier
Publié: 4 avril 2026 (il y a 5 minutes)
Gratuit
Catégorie
Art contemporain
Localité
17, rue Biscornet75012 Paris

« L’innocence des mondes : dialogue silencieux entre Guo Chunyao et Zhu Qingwei »

Exposition du 18 avril 2026 au 26 mai 2026

Vernissage : samedi 18 avril 2026 à partir de 18h30

 

 

Vanities Gallery a le plaisir de présenter L’innocence des mondes, une exposition réunissant deux artistes chinois émergents dont les univers, bien que distincts, se rencontrent dans une même quête : celle d’une vision intérieure, délicate et poétique, qui réinvente notre manière de percevoir le réel.

Guo Chunyao et Zhu Qingwei incarnent deux tempéraments artistiques que tout semble opposer — la première tournée vers une adolescence du regard, l’autre engagé dans une lente et profonde auto-rédemption — mais qui convergent vers une même aspiration : libérer l’imaginaire pour lui offrir un espace de respiration.

 

Guo Chunyao — L’innocence comme territoire pictural

Née en 2000 à Hohhot, en Mongolie intérieure, diplômée de l’Académie des Beaux-Arts de Chine et aujourd’hui étudiante en master au sein du département de peinture à l’huile, Guo Chunyao s’impose comme une figure jeune mais déjà remarquée. Ses œuvres, exposées dans plusieurs musées de la province du Zhejiang et de Ningbo, lui ont valu une visibilité croissante ; l’une d’entre elles, Pont, a récemment été acquise par le Musée des Beaux-Arts de Keqiao.

La peinture de Guo Chunyao s’inscrit dans une filiation subtile avec les grands maîtres de la représentation de l’adolescence et de l’intériorité. Nous pensons bien évidement à Balthus (1908-2001), pour cette manière de suspendre le geste, de figer le temps dans une forme de rêverie inquiète. Nous  retrouvons chez elle le même sens du silence narratif, la même atmosphère de seuil, où tout semble sur le point de basculer.

Cependant, là où Balthus cherche la tension, Guo privilégie l’innocence : sa touche est plus transparente, son regard moins ambigu, plus tourné vers une douceur fragile qui refuse le cynisme contemporain.

Nous pouvons également rapprocher son travail de celui de Gwen John (1876-1939), dont les portraits se tiennent au bord d’une intériorité murmurée. Comme John, Guo Chunyao explore la présence discrète, la solitude choisie, l’espace domestique transformé en refuge mental. Mais là encore, sa singularité se manifeste dans une coloration plus lumineuse, dans une simplicité presque pastorale héritée de sa terre natale de Mongolie intérieure, où la vastitude des paysages imprègne la délicatesse de ses figures.

Guo Chunyao peint des moments d’enfance, d’attentes, d’interludes. Ses sujets — jeunes filles absorbées, architectures discrètes, ponts et jardins silencieux — évoquent une époque préservée.

Son œuvre propose une forme de romantisme contemporain : un romantisme sans emphase, où la naïveté n’est jamais naïve, mais revendiquée comme une force de pureté dans un monde saturé d’images.

 

Zhu Qingwei — Le monde comme espace d’auto-rédemption

Né en 1981 à Fushun, formé à l’Institut de Formation des Enseignants de Tieling, Zhu Qingwei — qui signe ses œuvres du nom poétique de Quan, « Fontaine » — développe depuis plusieurs années un travail d’une profondeur introspective rare. Enseignant en arts à l’Université des technologies de Mianyang, indépendant mais désormais représenté par la Vanities Gallery, il a récemment présenté ses œuvres à Pékin dans le cadre de l’Association Européenne d’Échanges Culturels.

Son œuvre forme, selon les mots de la curator Victoria Zhong, « un poème en prose sur l’auto-rédemption[1] ». Des premières séries de personnages aux méditations abstraites, des Nuages flottants à la série Espace S, Zhu Qingwei n’a cessé de déplacer son regard : d’une « boîte » microscopique, métaphore d’une intériorité confinée, vers un espace ouvert, cosmique, respirant.

Ses tableaux deviennent alors des paysages psychiques où se mêlent vortex temporels, nuées oniriques, déchirures spatiales et halos de sérénité.

Certaines œuvres de Zhu Qingwei évoquent la sensibilité vibratoire d’Eugène Jansson (1862-1915), notamment dans ses paysages nocturnes où la couleur se dissout en halos et en ondoiements. Comme Jansson, Zhu travaille la lumière comme une pulsation intérieure ; cependant, alors que Jansson tend vers une mélancolie silencieuse, Zhu Qingwei cherche une ouverture, un mouvement ascendant, presque thérapeutique, qui transforme la brume en renaissance.

D’autres tableaux rappellent la dimension atmosphérique d’Ivan Aivazovsky (1817-1900), non pour ses marines réalistes, mais pour sa manière unique de faire circuler la lumière au centre de la toile, de créer un cœur lumineux qui aspire le regard. Pourtant Zhu s’en distingue profondément : là où Aivazovsky magnifie la nature et la mer, Zhu explore un paysage psychique, un espace tournoyant où pétales, fragments et couleurs deviennent les échos d’un état intérieur.

Chez lui, la lumière n’est pas un phénomène météorologique : c’est une métaphore de l’auto-rédemption, une énergie qui travaille à l’intérieur et remonte vers la surface. Ses œuvres ne sont pas seulement des paysages intérieurs : ce sont des trajectoires.

Le travail de Zhu Qingwei s’inscrit dans une réflexion sur la perception, telle que l’analysent Nietzsche (1844-1900) ou Lacan (1901-1981), qu’il cite implicitement dans la structure même de ses images. Voir, pour lui, c’est douter ; percevoir, c’est se transformer.

Ainsi, ses ondulations colorée témoignent d’un artiste qui s’est « libéré du carcan de la vie », qui accepte l’inconnu, le vent, la dérive, la brume — tout ce qui fait vaciller la certitude pour ouvrir un nouveau champ de vision.

 

Deux artistes, un même souffle

Réunis pour la première fois à Paris, Guo Chunyao et Zhu Qingwei offrent une rencontre rare : celle de l’innocence et de la métamorphose, de la jeunesse du regard et de la maturité de l’âme.

Leurs œuvres dialoguent sans se confondre. L’une explore l’éveil ; l’autre, la guérison.
L’une marche sur un pont ; l’autre glisse dans les lignes.

L’exposition L’innocence des mondes célèbre cette convergence : deux manières de regarder le réel, deux façons de le traverser, toutes deux habitées par une poésie profondément humaine.

[1] Victoria Zhong : Zhu Qinqwei, un artiste de l’intime – 2024

Envoyer message Téléphone 0675213911

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