Du 22 oct. 2025 au 28 juin 2026
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Infos pratiques | Billetterie
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Un regard inédit sur la psychiatrie en Algérie. L’IMA présente les œuvres d’un fonds historique remarquable : la donation Blida-Joinville. Réalisées à la fin des années 60, ces peintures et céramiques témoignent de l’héritage de Frantz Fanon et de ses méthodes de soin par l’art. Une exposition poignante qui illustre le rôle crucial de l’expression artistique dans la reconquête de soi et le renouveau d’une discipline médicale en pleine mutation.
L’exposition met en lumière une période charnière de l’histoire de la psychiatrie, où l’art devient un véritable outil thérapeutique au service de la dignité humaine et de la guérison. Ces œuvres, créées par les patients de l’hôpital, révèlent une approche révolutionnaire du soin psychiatrique dans le contexte post-colonial algérien.
L’hôpital psychiatrique de blida-joinville : un lieu emblématique
Fondé en 1933, l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville devient, après l’indépendance de l’Algérie, l’hôpital Frantz Fanon, en hommage au psychiatre et penseur anticolonialiste qui y exerça entre 1953 et 1956. Frantz Fanon, figure majeure de la psychiatrie révolutionnaire, bouleverse les pratiques médicales de l’époque en rompant avec la psychiatrie coloniale. Sa démarche novatrice consiste à adapter l’approche psychiatrique au contexte culturel et social des patients algériens. Il instaure un environnement thérapeutique fondé sur la création d’un véritable tissu social au sein de l’hôpital, avec des activités manuelles, de la musicothérapie et des pratiques sportives. L’objectif : favoriser l’expression des pensionnaires pour accompagner leur guérison et leur réinsertion sociale. À la fin des années 1960, ses successeurs poursuivent et développent cette pratique de la thérapie sociale. C’est dans ce contexte que naissent les ateliers de dessin dont sont issues les œuvres présentées dans l’exposition.
Les ateliers de dessin : l’art comme médium d’expression
Les ateliers de socialthérapie mis en place à l’hôpital de Blida-Joinville transforment le dessin en un véritable médium d’expression pour les patients. Les peintures à la gouache réalisées témoignent d’une liberté créative remarquable et d’une diversité de styles qui reflètent l’individualité de chaque pensionnaire. Ces créations révèlent des univers intérieurs riches et complexes : motifs floraux délicats, compositions abstraites colorées, scènes figuratives, calligraphies inspirées de la tradition arabe. Chaque œuvre porte la signature unique de son auteur et témoigne du processus thérapeutique à l’œuvre. L’exposition présente une sélection représentative de ces peintures, dont certaines sont signées par les patients eux-mêmes : Moussaoui S., Dolach S., Ibrahim M., Bouhjiat, ou encore des œuvres anonymes qui n’en sont pas moins puissantes dans leur expression.
Une exposition qui questionne et éclaire
Au-delà de la dimension esthétique des œuvres, l’exposition interroge leur contenu en mettant l’accent sur la dimension humaine des pensionnaires qui les ont créées. Il ne s’agit pas seulement de montrer des productions artistiques, mais de rendre leur dignité à des personnes longtemps invisibilisées par leur condition de malades psychiatriques. S’appuyant sur les archives exceptionnelles incluses dans la donation Cadour, l’exposition replace ces créations dans leur contexte historique. Les visiteurs découvrent les apports innovants des ateliers artistiques à l’hôpital, leur rôle dans le processus thérapeutique et leur place dans l’histoire de la psychiatrie moderne. Cette mise en perspective historique permet de comprendre comment l’art s’est imposé comme un outil de soin et d’émancipation dans un contexte post-colonial marqué par la construction d’une nation et d’une psychiatrie algériennes renouvelées.
Une donation précieuse
La collection présentée provient d’une généreuse donation faite en 2021 au musée de l’Institut du monde arabe par E. et A.-M. Cadour. Cet ensemble exceptionnel comprend des dizaines de peintures à la gouache sur papier, des céramiques peintes et des archives documentaires qui permettent de retracer l’histoire de ces ateliers thérapeutiques. Cette donation enrichit considérablement les collections du musée de l’IMA et offre un témoignage unique sur une période méconnue de l’histoire de la psychiatrie et de l’art thérapeutique dans le monde arabe.
Le cheminement de l’exposition
Le parcours s’organise en plusieurs étapes immersives pour éclairer l’histoire et l’art de Blida-Joinville :
- L’héritage historique : Une plongée dans le contexte de l’hôpital et l’influence fondatrice de Frantz Fanon.
- La fabrique du soin : Une immersion dans le fonctionnement quotidien des ateliers de socialthérapie.
- La galerie des œuvres : Une exploration thématique et chronologique des peintures et céramiques.
- La mémoire vive : La présentation d’archives rares documentant ces pratiques pionnières.
- Résonances : Une méditation finale sur la puissance de l’art comme vecteur de guérison.
À travers une mise en scène sobre et délicate, l’exposition sublime l’éclat des couleurs tout en respectant l’intimité de chaque création.
Pourquoi découvrir cette exposition ?
« Tenter l’art pour soigner » offre une expérience rare et émouvante qui conjugue histoire de la psychiatrie, art et réflexion sur la condition humaine. Cette exposition présente plusieurs intérêts majeurs : Un témoignage historique unique : Ces œuvres constituent un document exceptionnel sur une période charnière de l’histoire de la psychiatrie et de la décolonisation. Elles témoignent des innovations thérapeutiques menées en Algérie dans le sillage de Frantz Fanon.
Une découverte artistique : Les créations présentées révèlent une richesse esthétique surprenante et une diversité de styles qui permettent d’apprécier la singularité de chaque artiste-patient. Les couleurs vives, les compositions originales et l’expressivité des œuvres séduisent aussi bien les amateurs d’art que le grand public. Une réflexion contemporaine : À l’heure où la santé mentale est au cœur des préoccupations sociétales, cette exposition invite à réfléchir sur les approches alternatives du soin psychiatrique et sur le rôle de l’art dans le processus thérapeutique. Elle résonne particulièrement avec les débats actuels sur la psychiatrie, l’art-thérapie et la dignité des patients.
Un hommage nécessaire : En donnant à voir ces œuvres, l’exposition rend leur visibilité et leur dignité aux patients de l’hôpital de Blida-Joinville, trop longtemps restés dans l’ombre. Elle reconnaît leur créativité et leur humanité au-delà de leur condition de malades.
Une collection inédite : La donation Cadour, présentée pour la première fois au public, constitue un ensemble exceptionnel qui n’avait jamais été exposé auparavant. C’est une occasion unique de découvrir ces œuvres méconnues.
Sources : Institut du monde arabe (IMA). Commissaire de l’exposition : Djamila Chakour, chargée de collections et d’expositions, Musée de l’IMA.
Visuel : Détail, affiche de l’exposition « Tenter l’art pour soigner – À l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville dans les années 1960 ».
INFOS PRATIQUES
Expo : Tenter l’art pour soigner – À l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville dans les années 1960
Dates : Du 22 octobre 2025 au 28 juin 2026
Lieu : Institut du monde arabe (IMA)
1 rue des Fossés Saint-Bernard
75005 Paris
HORAIRES
Du mardi au vendredi de 10h à 18h.
Les samedis, dimanches et jours fériés de 10h à 19h.
Fermé le 1er mai.
ACCÈS
Métro : Jussieu, Cardinal-Lemoine, Sully-Morland
Bus : lignes 24, 63, 67, 86, 87, 89
Station vélib sur l’esplanade de l’Ima
Parking : Maubert-Saint-Germain – 39, bd Saint-Germain 75005
TARIFS
Tarif plein : 12 euros
Tarif réduit : 8 euros
BILLETTERIE
Réservation fortement recommandée.
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