Quand Fellini rêvait de Picasso – Cinémathèque de Paris

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Du 03 avril au 28 juillet 2019

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Federico Fellini, cinéaste du mythique La Dolce vita ou de l’onirique 8 ½, vouait une profonde admiration à Pablo Picasso. Hanté par la figure de l’artiste espagnol, il consigna par le dessin les diverses rencontres qu’il put faire en rêve avec le peintre. L’exposition s’appuie sur ce dialogue imaginaire pour proposer un parcours à travers les sujets qu’ils chérissaient tant l’un et l’autre : les mythes, la figure féminine, la danse ou l’univers forain.


On convoque spontanément l’histoire de l’art pour décrire le cinéma de Fellini, dont la critique n’a pas manqué de relever la qualité picturale : tour à tour baroques ou bruegheliennes, les grandes toiles que le Maestro brosse de la société italienne des années 1950 aux années 1980 mettent en scène des personnages exubérants dans un décor de plus en plus apocalyptique comme seul Jérôme Bosch sut en inventer. Ces références artistiques, assumées et même revendiquées par Fellini, ne doivent pour autant occulter une autre source majeure d’inspiration dans le processus créatif fellinien, celle de Picasso. Le maître de la peinture moderne accompagne Fellini dès ses premiers films : si Les VitelloniLa Strada et Les Nuits de Cabiria sont en noir et blanc, ils sont néanmoins teintés des périodes bleue et rose de Picasso, faisant écho à l’univers du peintre, où se côtoient comédiens, saltimbanques, prostituées et petits escrocsToute une humanité mélancolique.

Fellini démarre sa carrière comme caricaturiste pour l’hebdomadaire Marc’Aurelio dans lequel il tient une rubrique entre 1939 et 1943, tout en écrivant de temps à autres pour le cinéma avant de s’y consacrer entièrement comme assistant-scénariste – notamment de Rome, ville ouverte (1945) de Rossellini. En 1955, soit deux ans après la grande exposition que Rome consacra au peintre espagnol à la Galleria nazionale d’arte moderna, Fellini, dans Il Bidone, attribue le surnom de « Picasso » au personnage de Raoul, un peintre raté : par cette forme de transgression vis-à-vis de cette figure totémique, le réalisateur semble déjà dialoguer avec Picasso, qu’il reconnaîtra des décennies plus tard comme le génie et démiurge par excellence.

Et en effet, Federico n’a cessé de penser, de rêver de Picasso au cours de sa carrière. Rétrospectivement, Fellini en appelle à l’inventeur du cubisme pour expliquer la structure narrative éclatée de La Dolce vita. Après l’aventure houleuse de ce film qui reçut en 1960 la Palme d’or à Cannes sur fond de polémiques cléricales, et aujourd’hui considéré comme l’un des chefs-d’œuvre du Maestro, Fellini, qui se sent alors à un tournant de sa carrière, décide de suivre une analyse avec le Dr Ernst Bernhard, d’obédience jungienne, qui officie à Rome. Cette rencontre va changer sa vie et sa carrière. Le psychanalyste incite Fellini à entreprendre un minutieux travail de transcription de ses rêves par le dessin – travail qu’il fera sans discontinuer jusqu’en 1990. Ces dessins seront ensuite regroupés en intégralité, après sa mort, dans un ouvrage intitulé Le Livre de mes rêves. Grâce au Dr Bernhard, Fellini découvre donc les travaux de Carl Gustav Jung, psychiatre et fondateur de la psychologie analytique : il se familiarise avec les théories sur l’analyse des rêves et sur l’idée d’inconscient collectif, et approche également Picasso à travers un essai que Jung rédigea à l’occasion de l’exposition rétrospective du peintre au Kunsthaus de Zürich en 1932. Dès lors, le cinéaste va trouver dans la notion d’archétype un outil passionnant pour affronter ses fantasmes, et en Picasso un talisman secret dont il ne saurait se séparer. Cette pratique du dessin de rêves, qui durera près de trente ans, permet de faire coïncider la vie nocturne et l’activité créatrice du Maestro. Ainsi apprend-on que Fellini – qui rencontra le peintre espagnol probablement une seule fois dans la réalité, lors du festival de Cannes de 1961 – convie ce dernier à trois reprises dans ses rêves.

Cette exposition offre l’opportunité d’explorer l’exceptionnel fonds de la Cinémathèque française, tant pour sa riche collection de photographies, d’affiches et d’archives, que pour les costumes et accessoires qu’elle possède, créés par Piero Gherardi (Les Nuits de Cabiria8 ½ ) et Danilo Donati (Satyricon) – collection qui sera complétée par un prêt de La Farani. Cette exposition fera également découvrir les dessins de Fellini appartenant à l’Archivio del comune di Rimini, ville de naissance du réalisateur.

Enfin, elle n’aurait pu voir le jour sans l’aimable collaboration de la Fundación Almine y Bernard Ruiz Picasso para el arte (FABA) et du Musée national Picasso-Paris, ainsi que la générosité de certains prêteurs felliniens, parmi lesquels les anciens assistants du Maestro, Dominique Delouche et Gérald Morin.

Une rétrospective sera proposée à tous ceux qui souhaitent approfondir ou découvrir l’œuvre-fresque de Fellini composée de films aussi variés que La Strada ou Ginger et FredEt vogue le navire ou SatyriconRépétition d’orchestre ou Casanova, puisant dans une certaine réalité historique qui, peu à peu, bascule dans l’onirisme et la recréation complète en studio : une immense comédie humaine peuplée de personnages attachants et clownesques, aux qualités physiques bien souvent exagérées ; une comédie pleine de charmes et d’inventions, d’humour et de mélancolie.

 


Exposition Paris : Quand Fellini rêvait de Picasso

Dates : 
Du 03 avril au 28 juillet 2019

Lieu : La Cinémathèque française
51, rue de Bercy
75012 Paris

Métro : Bercy (lignes 6, 14)
Bus : lignes 24, 64, 87
Parking : 77 rue de Bercy (Hôtel Mercure), 8 boulevard de Bercy.

Horaires : Lundi, Mercredi, Vendredi : 13h-19h.
Nocturne le jeudi jusqu’à 22h.
Samedi, Dimanche : 10h-20h.
Fermeture le mardi.

Plein tarif : 11 euros

Tarif réduit : 8,50 euros

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