{"id":9617,"date":"2026-09-02T18:31:45","date_gmt":"2026-09-02T16:31:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.exposition-paris.info\/galeries-art-paris\/?post_type=advert&#038;p=9617"},"modified":"2026-09-02T18:32:22","modified_gmt":"2026-09-02T16:32:22","slug":"exposition-interior-lift-90s-de-nathaniel-aron","status":"publish","type":"advert","link":"https:\/\/www.exposition-paris.info\/galeries-art-paris\/advert\/exposition-interior-lift-90s-de-nathaniel-aron\/","title":{"rendered":"Exposition \u00ab\u00a0Interior Lift, 90&rsquo;s\u00a0\u00bb de Nathaniel Aron"},"content":{"rendered":"<p>Quand je regarde les images d\u2019Interior Lift, 90\u2019s, je reconnais une mani\u00e8re de voir le monde qui est aussi la mienne, transpos\u00e9e dans un autre langage, celui de la lumi\u00e8re et du cadre, celui du cin\u00e9ma fig\u00e9 en une seconde d\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce qui nous lie, Nathaniel et moi, est une m\u00eame fascination pour les \u00e9poques suspendues, ces intervalles vertigineux o\u00f9 une civilisation retient son souffle entre deux mondes. Ce sont les ahurissantes entre-deux-guerres de la Belle \u00c9poque et des Ann\u00e9es folles, mais aussi la parenth\u00e8se enchant\u00e9e entre la chute du mur de Berlin et l\u2019\u00e9croulement des deux tours\u00a0; ces \u00e9pisodes r\u00e9jouis o\u00f9 l\u2019Occident dansait au bord du gouffre sans le savoir, o\u00f9 l\u2019insouciance avait la beaut\u00e9 trouble des choses condamn\u00e9es. Nathaniel Aron a choisi l\u2019Am\u00e9rique entre les ann\u00e9es 90 et le matin du 11 septembre 2001, moment de dilatation du temps, respiration\u00a0paisible. L\u2019Histoire, qui semblait offrir une infinit\u00e9 de chemins, choisit brutalement le sien. Pivot fatal ou innocente accumulation\u00a0? Aveuglement collectif ou intuition pr\u00e9monitoire ? L\u2019Am\u00e9rique se croyait arriv\u00e9e au terme de l\u2019Histoire, r\u00e9concili\u00e9e avec elle-m\u00eame, triomphante et rassasi\u00e9e. La prosp\u00e9rit\u00e9 avait quelque chose de somnambulique. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque du h\u00e9ros ordinaire, celui que le cin\u00e9ma am\u00e9ricain a magnifi\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il n\u2019avait plus besoin de grandes causes : le r\u00eave am\u00e9ricain se suffisait \u00e0 lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Et pourtant, dans ces visages, dans ces regards que Nathaniel a capt\u00e9s avec une pr\u00e9cision d\u2019entomologiste, quelque chose vacille d\u00e9j\u00e0\u00a0: l\u2019id\u00e9alisme des ann\u00e9es 80 s\u2019est fissur\u00e9, le cynisme pointe, ces personnages sont plus humains, plus complexes, plus fragiles que leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs et portent en eux, sans le savoir, la m\u00e9lancolie de ce qui va finir. Ils sont debout dans un ascenseur, lieu clos par excellence, cabine suspendue entre deux \u00e9tages, entre deux instants, m\u00e9taphore parfaite de l\u2019entre-deux, ils sont exactement \u00e0 l\u2019endroit du basculement. C\u2019est la puissance de l\u2019entre-deux : il contient \u00e0 la fois le souvenir de l\u2019innocence et l\u2019annonce de sa perte, le lieu du \u201cet si\u201d et du \u201ctrop tard\u201d r\u00e9unis dans une m\u00eame image. Nathaniel photographie pr\u00e9cis\u00e9ment ce point de tension, ce fil tendu au-dessus du vide, cette derni\u00e8re seconde avant l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration folle.<\/p>\n<p>L\u2019esth\u00e9tique peut et doit raconter une histoire sociale, car la Beaut\u00e9 n\u2019est pas l\u2019ennemie du sens mais son v\u00e9hicule le plus puissant car elle n\u2019anesth\u00e9sie pas le regard, elle l\u2019aiguise. Quand nous sommes face \u00e0 face avec The Fired Employee, cet homme qui tient contre lui un carton de bureau, ses affaires d\u00e9risoires, sa dignit\u00e9 intacte au milieu de la d\u00e9b\u00e2cle, la composition est d\u2019une \u00e9l\u00e9gance d\u00e9chirante\u00a0: la Beaut\u00e9 ne d\u00e9tourne pas le regard de la souffrance, elle nous oblige \u00e0 la contempler, \u00e0 ne pas nous en d\u00e9tourner, \u00e0 la porter en nous. La Beaut\u00e9 n\u2019est pas un ornement mais un argument.<\/p>\n<p>L\u2019humanit\u00e9 se lit dans le collectif autant que dans l\u2019individu, chaque individu tient un r\u00f4le pr\u00e9cis sans qu\u2019aucun ne domine l\u2019ensemble et c\u2019est dans cette distension entre l\u2019anonymat et la singularit\u00e9 que se dessine la force narrative de l\u2019image. Ces gens ordinaires sont infiniment complexes, et leur complexit\u00e9 m\u00eame est ce qui suscite en nous une empathie imm\u00e9diate et durable.<\/p>\n<p>Abnousse Shalmani<\/p>\n","protected":false},"author":283,"template":"","advert_category":[9],"class_list":["post-9617","classified","type-advert","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","advert_category-photographie"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.exposition-paris.info\/galeries-art-paris\/wp-json\/wp\/v2\/advert\/9617","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.exposition-paris.info\/galeries-art-paris\/wp-json\/wp\/v2\/advert"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.exposition-paris.info\/galeries-art-paris\/wp-json\/wp\/v2\/types\/advert"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.exposition-paris.info\/galeries-art-paris\/wp-json\/wp\/v2\/users\/283"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.exposition-paris.info\/galeries-art-paris\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9618"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.exposition-paris.info\/galeries-art-paris\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9617"}],"wp:term":[{"taxonomy":"advert_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.exposition-paris.info\/galeries-art-paris\/wp-json\/wp\/v2\/advert_category?post=9617"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}